Chroniques d'une école du 3ème Type - Tome 2

Ecole et société

156 pages, dépôt légal, avril 2012 ,
commande : www.TheBookEdition.com

Le premier tome des chroniques abordait surtout comment se construisaient les langages dans une école du 3ème type, la nouvelle approche de l’acte éducatif et ses conditions.

Dans ce second tome il est fait le rapprochement entre ce qui se passe ou ce qui devrait se passer à l’école et la société dans laquelle nous vivons. Sécurité, autorité, travail, démocratie…

Logiquement Bernard COLLOT en vient aussi à proposer ce que pourrait être un autre système éducatif où l’école cesserait d’être une école d’État tout en étant une école résolument publique mais autrement publique.

"Les leçons d'une école du 3ème type !" Il est inhabituel que des enfants puissent donner des leçons à la société, voire des leçons politiques ! Et pourtant ! - JV Retour sommaie des livres
Sommaire

- Théories (résumé)
49 – Débarrassons-nous des programmes !
50 - Vous avez dit « liberté pédagogique ? ». 27
51 - Surveiller ou éduquer 35
52 – L’autorité. 47
53 - Le travail et l’effort 63
54 - Petites structures. 77
55 – L’organisation réticulaire. 83

L'école publique mais autrement publique
56 – L’école de l’État 93
57 – Une autre finalité. 99

58 – Une autre architecture du système éducatif 107
59 – Formation. 117
60 - Des réseaux au réseau des réseaux. 125
61 - D’une classe unique à la société145

EXTRAIT
61 - D’une classe unique à la société !
Les leçons d’une école du 3ème type.

D’une école du 3ème type à une société du 3ème type ! Faire un tel rapprochement peut sembler quelque peu osé et incongru. On dit, non sans quelques raisons, que l’école ne fait pas la société mais reflète au contraire la société.
Bien sûr, et c’est bien le cas dans notre école actuelle.
Dans l’expérience que j’ai vécue de 1960 à 1996, ma classe unique (l’école du 3ème type) constituait une microsociété, une entité qui s’était peu à peu auto-créée. Au départ, mon objectif n’avait jamais été cela. Mon seul problème était comment permettre à tous les enfants d’acquérir les outils nécessaires pour qu’ils poursuivent leur route ensuite normalement dans le système éducatif et la vie active. Un souci strictement professionnel. Aucun objectif idéologique. Jeune, j’étais politiquement inculte et égoïstement désintéressé par les problèmes politiques et sociaux.
Ce n’est que peu à peu, au fur et à mesure de ce qui était essayé, éliminé, découvert, vérifié, poursuivi, que ma classe est devenue ce que Marcel TRILLAT a appelé une autre planète. D’abord vingt années d’une longue progression à partir des pédagogies Freinet et actives, puis vingt autres années dans ce qui était devenu une école du 3ème type. J’ai souvent dit que si l’enseignement traditionnel m’était apparu comme efficient pour tous les enfants, j’aurais très certainement fait comme une bonne partie de mes collègues, les préparations que l’on peut ressortir d’une année sur l’autre, les cahiers bien rangés sur mon bureau,… une carrière linéaire, peut-être la reconnaissance de mes chefs, la retraite, le camping-car… Mais j’aurais aussi eu les mêmes difficultés qu’eux, impossibles à résoudre.

Il est difficile de savoir pourquoi des enseignants s’engagent ainsi sur des chemins détournés. Il est plus valorisant de dire après coup que c’est par idéal ou par conscience professionnelle. Je faisais partie de ces élèves du peuple qui, à la sortie du cours complémentaire (avant que ne se créent les collèges) n’avaient comme choix que le travail à l’usine (et la possibilité d’acheter leur première moto !) ou l’école normale d’instituteurs qui ne coûtait rien à la famille tout en satisfaisant le père ou la mère... et où on avait des vacances ! Je n’avais pas de vocation particulière ! Alors peut-être l’ennui, des souvenirs désagréables de l’école, des révoltes et des frustrations d’enfant qui remontent…, dans mon cas, le hasard m’a conduit à être instituteur, le hasard à l’être dans des classes multi-âge, le hasard et des raisons que seul un psychanalyste pourrait peut-être cerner m’ont engagé dans ce qui s’est révélé une aventure passionnante. L’école du 3ème type n’était pas prédéterminée, un but à atteindre. Elle s’est découverte (ou révélée) dans une praxis.

En dehors du fait de la confirmation que les apprentissages, tous les apprentissages y compris ceux traditionnellement dévolus à l’école, ne se réalisaient pas tel on le croyait, que les connaissances ne se transmettaient ou ne se distribuaient pas suivant des menus préalablement établis, les enfants me faisaient découvrir ce qu’étaient et surtout ce que pouvaient être les organisations sociales. J’ai pu faire les relations insolites avec le jardin que le hasard encore avait fait pour moi une obligation alimentaire, avec les abeilles qui elles ont été une passion, et découvrir ce qu’étaient les systèmes vivants et les lois qui les régissaient. Et de là à chercher et découvrir la convergence entre ce nous vivions à l’école et ce que disaient tous les chercheurs des sciences du vivant. Systèmes vivants, écosystèmes.
De là à se dire que ce que des enfants étaient capables de créer et de vivre dans un collectif auto-organisé devrait être aussi à la portée d’adultes, il n’y a qu’un pas !

La société n’est bien qu’un écosystème composé d’une multitude d’entités en interdépendance, en interaction.
L’école du 3ème type nous a appris que la taille de ces entités ne pouvait dépasser une dimension optimum et qu’elles devaient être hétérogènes pour rester efficientes et perdurer en systèmes vivants.
Elle nous a appris à revoir les notions sur lesquelles se fondaient l’école et la société jusqu’à celles par exemple du travail, de l’autorité.
Elle nous a appris à relativiser l’importance de ce qu’il y a à attendre des pouvoirs attribués aux fonctions ou à l’expertise et surtout à transformer le « pouvoir sur » en « pouvoir pour » (le pouvoir du maître qui s’exerce sur les conditions et non plus de façon coercitive sur les personnes).
Elle nous a appris que la concurrence, la compétition et la violence qui en résulte n’étaient pas dans la nature de l’espèce humaine comme on se complaît à le croire mais qu’au contraire notre espèce est naturellement sociale lorsqu’on la laisse être sociale. L’homme n’est pas bon par nature comme le disait ROUSSEAU, il est social et ses aptitudes créatrices à la sociabilité sont immenses.
Elle nous a appris la nécessité du tâtonnement social conscient et accepté, source de la construction des organisations sociales comme le tâtonnement expérimental est source des constructions cognitives.